Ludvine A, la cinquantaine, témoigne : « C'est le sentiment d'invisibilité qui m'a poussée à me dépigmenter. Je pensais qu'en me blanchissant, j'attirerais enfin les regards comme ma tante, très admirée avec sa peau claire. Je voulais simplement exister. Malheureusement, au lieu de l'assurance espérée, j'ai beaucoup souffert, entre la pression financière et les moqueries, en famille comme à l'extérieur. Et lorsque vergetures, acné et mycoses ont commencé, j'ai eu le sentiment d'avoir gâché ma vie. J'étais effondrée mais je continuais quand même. Un jour, lors d'un mariage, quelqu'un a dit de moi « elle sent le poisson ». J'étais humiliée. Après avoir beaucoup pleuré, j'ai décidé d'arrêter. C'était difficile, mais j'étais déterminée à sortir de cette prison. Aujourd'hui, j'ai retrouvé une certaine liberté. Je sais que beaucoup regrettent en silence. »
Au Centre Hospitalier Universitaire de Libreville, l'équipe des Échos d'Elle a rencontré le Dr Stéphanie Ntsame Ngoua, Dermatologue et chef du service dédié, pour tenter de comprendre le phénomène de la dépigmentation et ses méfaits sur la santé.
Selon cette spécialiste, la dépigmentation, qui est le fait de s'éclaircir la peau par l'usage des produits cosmétiques, réduit la mélanine, protection naturelle contre le soleil. « Quand cette protection disparaît, la peau est exposée à tous les dangers. » En effet, poursuit-elle, « les produits dépigmentants provoquent des désordres pigmentaires : peau irrégulière, tâches ou points blancs. La peau s'affine, cicatrise mal et laisse apparaître des veines disgracieuses. Des ochronoses (plaques noires) apparaissent sur les coudes, les jointures ou les pommettes. Contrairement à ce que l'on croit, plus on éclaircit la peau, plus certaines zones noircissent. »
Dr Ntsame Ngoua alerte aussi sur l'agressivité des produits à base de corticoïdes et même de mercure. « Ils peuvent causer des infections pulmonaires, rénales et des troubles neurologiques. »
Selon Jeannette Ekounda, sociologue, « une forte pression sociale » serait à l'origine du phénomène de dépigmentation. Dans certaines représentations, la peau claire reste associée à la beauté, au succès et à l'attractivité ». Elle ajoute que « Médias, réseaux sociaux et entourage amplifient ce complexe. Pour y remédier, la sensibilisation en amont reste le meilleur moyen de construction de l'estime de soi ». Le Dr Ntsame Ngoua quant à elle recommande un accompagnement psychologique pour les personnes déjà impactées et qui souhaitent arrêter.