Dans le sud du Gabon (principalement à Ndendé), une danse traditionnelle célèbre, pouvant se pratiquer en tous lieux, réunit la population dans des moments de liesse : l'ikokou.
C'est dans un stade Monedan de Sibang de Libreville plein à craquer, durant un match de football, que Danilo m'accordait un riche entretien sur la danse « Ikokou ». De son vrai nom Bassangui Balenguia Dann Telly, Danilo « l'homme à la calebasse foufnafouf » est un virtuose de la danse. En effet, celui-ci est chorégraphe, animateur, chanteur et danseur traditionnel du rythme ikokou et malamu. Durant cette rencontre, j'ai compris pourquoi ce prodige de la danse gabonaise avait aisance à m'accorder un entretien où que ce soit.
Pas de distinction de lieu et de temps
À propos du lieu où se pratique la danse ikokou, Danilo me dit d'entrée de jeu que l'on peut s'y mettre n'importe où et n'importe quand. En fait, nous avons, là, une danse qui favorise l'ouverture d'esprit et une capacité d'adaptation de ses pratiquants. Je l'ai vu à travers la flexibilité de Danilo sur les lieux, changeant à cause de nos occupations professionnelles, où il aurait pu m'accorder cette interview, avant de tomber d'accord sur un lieu, à première vue, improbable : un stade de football.
L'ikokou est une danse de réjouissances. En effet, elle se pratique dans des moments de joie : anniversaires, naissances, mariages, matchs de football, etc. À ce sujet, Danilo me confie au moment où l'une des équipes venait de marquer un but que les joueurs peuvent danser de l'ikokou pour le célébrer. Raison pour laquelle, cette danse trouve écho dans d'autres ethnies du Gabon et même à l'international. Il affirme : « Nous avons des danses initiatiques, des danses théâtrales et des danses de réjouissances. L'ikokou fait partie des danses de réjouissances. Tu n'as pas besoin de t'initier pour danser l'ikokou. Tout le monde peut le faire. »
Aucune distinction d'âges ou de genres
L'ikokou est une danse pratiquée par les hommes, les femmes et les enfants. Ces derniers forment deux rangs (par genre) face à face. Au milieu, il y a un espace au sein duquel chaque exécutant va démontrer un pas de danse. Et il peut aller provoquer ou « donner la passe » à son vis-à-vis pour que ce dernier vienne à son tour danser. On peut aussi passer sur la scène à deux en synchronisation. Le coin des batteurs qui tapent les « mikekilis » ou « baké » (morceaux de bois), lui, se trouve perpendiculaire aux deux lignes donnant ainsi le rythme et l'intensité à ce moment de convivialité et de partage.
Origine du nom « ikokou »
D'après Danilo, le nom « ikokou » veut dire « la bosse ». Il provient ou renvoie tout simplement au pagne noué autour des hanches par les pratiquants. Il dit : « Lorsqu'on attache un pagne aux hanches, derrière il forme une bosse. C'est donc cet art de bouger cette bosse qu'on appelle « ikokou ». » La danse ikokou consiste donc à remuer cette bosse dans un rythme rapide propre aux Punus du Gabon. Et l'accoutrement adéquat pour danser l'ikokou est un pagne attaché autour des hanches et un débardeur pour les hommes (dans la tradition). Même si l'on peut toutefois la pratiquer en pantalon.
Une confusion récurrente avec la danse « malamu » à dissiper
Les danses ikokou et malamu sont deux danses propres aux Punus. Mais les Punus de la Ngounié, plus précisément les ressortissants de Ndendé, sont spécialisés en danse ikokou. Or, dans la Nyanga, c'est toujours le peuple punu mais qui a une autre manière de danser comparable à l'ikokou : c'est le malamu. Dans le malamu, on observe un déhanchement alors que dans l'ikokou, on secoue la bosse avec un déhanchement rapide. À côté, il existe aussi la danse « revessè » qui garde le même rythme, mais le danseur met davantage de rythme accéléré dans le remuement de ses jambes.
C'est suite à ces précisions que j'ai compris que la confusion avait énormément gagné du terrain. Surtout chez les jeunes. Car depuis quelques années, avec l'essor des réseaux sociaux, nous assistons à des challenges en danse ikokou sur TikTok et Facebook. À bien y regarder, c'est plutôt le malamu qui y est plus exécuté que l'ikokou. Raison pour laquelle Danilo et d'autres artistes apportent régulièrement des précisions en intitulant correctement leurs vidéos « ikokou » et/ou « malamu », afin d'éclairer les internautes sur la différence entre ces deux styles de danses cousines.
Le second match de la journée débute. Danilo prend congé de moi. Après avoir presté toute la nuit lors d'un mariage dans la commune de Ntoum, il se prépare pour d'autres événements culturels majeurs. Avec lui, et d'autres Punus investis dans la survie de leur culture, l'ikokou est entre de bonnes mains.